Fiche de cours : Calcul littéral.
Le passage du calcul numérique au calcul littéral est l'un des moments les plus délicats du collège. Une lettre comme $a$ ou $x$ n'est ni l'abréviation d'un mot, ni le nom d'un objet : c'est un nombre, dont on ne précise pas la valeur. L'écriture $3a$ ne désigne pas non plus la juxtaposition des chiffres $3$ et $a$ : c'est le produit $3 \times a$. Quant au signe « $=$ », il ne signifie pas « donne le résultat » comme en arithmétique, mais traduit une relation d'équivalence entre deux expressions qui désignent le même nombre.
Cette fiche aborde le calcul littéral en partant de ces malentendus pour les démasquer. Elle est organisée autour de cinq idées-forces : la lettre est un nombre, le signe égal est une relation, la substitution donne du sens à la lettre, certaines expressions sont déjà sous leur forme la plus simple, et la distributivité a une interprétation géométrique.
Dans une expression algébrique, une lettre désigne toujours un nombre dont on ne précise pas la valeur (ou qui peut prendre plusieurs valeurs). Trois confusions à éviter.
Pour chacune des écritures suivantes, donner sa signification en toutes lettres (sous forme d'une opération entre nombres).
Pour chacune des affirmations suivantes, dire si elle est vraie ou fausse, en justifiant.
Léa lit l'énoncé suivant : « $p$ désigne le prix d'un crayon en euros. Écrire le prix de $5$ crayons en fonction de $p$. » Elle écrit : « $5$ crayons coûtent $5p$ euros, donc $p$ vaut $5$ crayons ».
En arithmétique, on utilise souvent le signe $=$ pour signifier « donne le résultat » : $3 + 5 = 8$. Mais cette conception est trop pauvre pour le calcul littéral.
En algèbre, le signe $=$ exprime une équivalence : deux expressions désignent le même nombre, quelles que soient les valeurs des lettres. L'égalité fonctionne alors dans les deux sens. $$ 2(x + 3) = 2x + 6. $$ Cette égalité signifie que les deux expressions sont strictement équivalentes : pour toute valeur de $x$, elles donnent le même nombre. On peut donc écrire $2x + 6 = 2(x + 3)$ tout aussi bien.
Conséquence pratique. Une expression peut figurer indifféremment à gauche ou à droite du signe $=$, et l'égalité $3 + 5 = ? + 2$ a un sens (avec $? = 6$) parce que « $=$ » exprime « de chaque côté, on a la même quantité », pas « à gauche, on attend le résultat à droite ».
Compléter les égalités suivantes par un nombre qui les rend vraies.
Pour chacune des égalités suivantes, dire si elle est vraie pour toute valeur de la lettre, ou seulement pour certaines valeurs (à préciser).
La meilleure façon de comprendre une expression algébrique est de substituer la lettre par différentes valeurs et d'observer le résultat. Cette pratique a deux vertus.
Soit $A = 3x + 2$. Calculer la valeur de $A$ pour les valeurs de $x$ suivantes.
Pour chacune des égalités suivantes, vérifier si elle est vraie en testant deux valeurs distinctes de $x$ (par exemple $x = 0$ et $x = 1$). Si l'égalité est fausse pour au moins une valeur, conclure qu'elle est fausse.
Un programme de calcul est une suite d'instructions appliquée à un nombre de départ. En testant le programme sur plusieurs nombres, on peut conjecturer un résultat général. Pour le prouver, on remplace le nombre de départ par une lettre et l'on déroule le programme algébriquement.
On considère le programme de calcul suivant.
Face à une expression comme $3x + 2$, certains élèves cherchent à tout prix à la simplifier en un seul terme, par exemple en écrivant $3x + 2 = 5x$. Cette erreur traduit un besoin de clôture : l'élève veut une réponse « finie », sans terme restant.
Or, $3x + 2$ est déjà sous sa forme la plus simple. Le terme $3x$ contient une lettre, le terme $2$ n'en contient pas : ils ne sont pas semblables et ne peuvent pas être réduits ensemble. C'est analogue à la situation où l'on additionnerait $3$ pommes et $2$ ans : les unités ne sont pas comparables.
Règle. On peut réduire deux termes seulement s'ils sont semblables, c'est-à-dire s'ils ont la même partie littérale. $$ 3x + 2x = 5x \quad ; \quad 4y - y = 3y \quad ; \quad 3x + 2 \text{ ne se réduit pas}. $$
Voici quatre productions d'élèves. Pour chacune, dire si elle est correcte. Si elle est incorrecte, identifier l'erreur et donner le résultat juste.
Réduire chacune des expressions suivantes, lorsque c'est possible. Sinon, indiquer que l'expression est déjà sous forme réduite.
La distributivité traduit le fait que multiplier un facteur par une somme revient à multiplier ce facteur par chaque terme, puis à additionner les résultats. $$ k(a + b) = ka + kb \quad ; \quad k(a - b) = ka - kb. $$ On peut justifier cette règle par le calcul d'une aire : un rectangle de longueur $a + b$ et de largeur $k$ a pour aire $k(a + b)$, et il se découpe en deux rectangles d'aires $ka$ et $kb$.
Développer chaque expression.
Factoriser chacune des expressions suivantes en mettant en facteur le nombre indiqué.
Lorsqu'on multiplie deux sommes, chaque terme de la première est multiplié par chaque terme de la seconde. $$ (a + b)(c + d) = ac + ad + bc + bd. $$ Comme pour la distributivité simple, cette règle s'interprète par les aires : un rectangle de longueur $a + b$ et de largeur $c + d$ se découpe en quatre sous-rectangles d'aires $ac$, $ad$, $bc$ et $bd$.
Développer et réduire chacune des expressions suivantes.
Un élève écrit : $(x + 3)^2 = x^2 + 9$.
Une croyance fréquente consiste à supposer que deux lettres distinctes désignent nécessairement des nombres différents. C'est faux : les lettres sont des étiquettes qu'on a choisies pour désigner des nombres, et rien n'interdit que deux étiquettes nomment le même nombre.
Si l'on écrit $a + b = 10$, les couples $(a\,;\,b)$ qui conviennent sont multiples : $(0\,;\,10)$, $(3\,;\,7)$, $(5\,;\,5)$, $(-2\,;\,12)$, etc. Le couple $(5\,;\,5)$ est tout à fait acceptable : $a$ et $b$ valent tous deux $5$, mais cela n'empêche pas de les avoir nommés différemment.
À l'inverse, deux occurrences de la même lettre dans une expression désignent toujours le même nombre. Dans $3x + 2x$, les deux $x$ ont obligatoirement la même valeur.
Avant de manipuler une expression algébrique, prendre l'habitude de se poser ces cinq questions.